jeter, enterrer, oublier
les torts remords et morts
dans le cratère de terre
d'hier
La boucle est bouclée ! Je prends le volant et suis ses instructions. La crainte éternelle de me gourer de chemin s’immisce jusqu’à ma conscience. Je la balaie. J’ai appris à le faire. Faire taire l’herbivore apeuré qui sommeille. Restes sans forces d’un legs familial. La fée Frousse, penchée sur mon lit d’arrivée, m’a jeté ce sort même pas terrible, juste inhibant. Merci maman… Mais j’ai confiance en ses indications et arrive sans encombres à la grande surprise de ma cervelle ruminante. Gare de Lyon, foule énervée, cohue, Domi et les enfants, le vide apparent s’empli, pas le temps d’écouter l’abîme, pas cette fois… blabla, blabla, retour…
Je vis dans un monde de gens. Dès le lendemain, ils m’assaillent de bonne année et meilleurs vœux. Comme si je venais de naître le 1er janvier, comme si chaque année était un dé jeté au hasard, non reliée à l’année précédente, comme si notre histoire recommençait encore et encore. Quoiqu’il m’arrive, mon histoire débute il y a au moins 44 ans, impossible de faire autrement. Récemment, dans un bouquin pour psychiatre fou, j’ai lu qu’une mère qui vomissait pendant sa grossesse était une mère qui ne voulait pas d’enfant, simple non ? merci maman…
Peu importe, l’abîme ne vient pas de là, il est collé ailleurs, un cadeau de l’évolution, un gouffre qui m’empêche de m’endormir totalement.
Ha…. Escalade, le défoulement, grimper, sentir battre mon cœur. Mes bras me font mal, j’oublie le vide, collé au mur, lentement, doigt après doigt. Les autres sont là aussi. Rapport animal, sportif. On parle de voies, de prises, tout devient simple. Notre vocabulaire s’estompe. On me questionne. Et comment ce mouvement, ce passage. Je réponds, plaisante, explique, montre. Mais savent ils qui je suis ? non, personne ne sait qui est qui, vraiment. Juste une surface… Magalie arrive, « pierre, je dois chuter ». Pauvre fille, équipée de la tête aux pieds et qui ne saura jamais grimper, elle veut chuter, vaincre sa peur. Va pour la chute, va, Magalie, grimpe et tombe. Tu vas connaître la sublime sensation de ta naissance. Une seconde plus tard, tu es en pleurs, tu te tiens le cœur et tu m’en veux. As tu vu la petite lueur dans mon œil ? la volonté de mon cœur de t’insulter, de te dire ce que tu es, de te jeter au visage les mots qui te feront voir ta réalité que ta conscience réduite occulte. Mais non je te souris, je te dis qu’il faudra recommencer pour finir pas y prendre plaisir. Mon écorce est gentille. Pierre est gentil, pierre est sympa, et patati tata.
Partout où je tourne mon regard, je vois des gens programmés, pour croire à ceci, pour penser cela. Pas de conscience personnelle, ou si peu. Personne n’a voulu devenir fou, n’a désiré aller au delà de lui même. Que du raisonnable sans raison, depuis toujours à fuir l’ennui, à fuir une réflexion toujours plus lourde à supporter. Le vide est là, omniprésent. J’ai juste appris à l’oublier. Mais quand l’ennui revient, il est à mes pieds. Je deviens la carte zéro, la première lame du tarot, le fou au bord du précipice.
Mais bon, même si ce puits sans fond s’ouvre à la moindre occasion, je le connais, je l’accepte, et ma vie n’est plus cette panique tant vécue, tant cachée, qui me poussait à l’oubli jour après jour. Occulter le vide en me précipitant dans le néant… Mes enfants sont là. Je suis comme un poteau indicateur indispensable à leur vision pour quelque temps encore. Je me dois d’être planté dans un sol à peu près solide. J’y ai laissé une partie de moi dans ce sol. La partie la plus fantasque, celle certainement qui plaisait le plus, celle qui m’aspirait et me sublimait aussi… Que suis je devenu ? Je ne sais me juger, je ne peux que me voir et mon histoire ne fait que continuer. Pas de regrets ni d’autosatisfaction, juste des semblants de choix inhérents au scénario et à ma capacité d’acteur.
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