Tiré d'un article de Jean-Pierre Petit
1° mai 2011, 4 heures du matin.
Je consulte ma messagerie.
" Que pensez-vous de l'énergie libre ? De la fusion
froide ? Des machines à rendement surnuméraire ? "
Je suis agacé par ces enfantillages d'internautes désoeuvrés, de bricoleurs d'avenirs incertains. Les solutions sont ailleurs, dans l'urgence, et quand j'en aurai fini avec cette tentative
désespérée d'alerter les gens, je passerai à la seconde phase de mon plan, avec l'aide de mon équipe de ... retraités.
Il est tout simple. Les solutions
existent. Elles nous crèvent les
yeux. Seulement, elles passent pas un fantastique retour en arrière, au plan des techno-sciences et des investissement
énormes, équivalant aux dépenses mises en oeuvre dans une guerre. Une guerre contre la connerie, la cupidité, l'incompétence. Il ne s'agit pas de "faire des économies", ou " de ne faire que des
économies", de "vivre plus près de la nature", en mangeant les légumes de son jardin (encore faudrait-il en avoir un) et en roulant à bicyclette. Il faut changer totalement de système
socio-économique, sortir de la logique du
profit.
J'ai entendu le discours pitoyable de
François Hollande, un autre pantin de la politique, qui ne vaut pas mieux que son ex bonne femme. Cela fait suite aux déclarations d'un Strauss-Kahn, directeur du Fond Monétaire International,
"de gauche", mais richissime, qui félicitait il y a peu de temps Ben Ali pour la rigueur de sa gestion...
Le libéralisme consiste à dire
:
- Si les entreprises privées sont florissantes, alors ça ne peut que profiter aux populations.
Laissons ces entreprises privées agir à leur guise et nous irons vers un mieux-être global. Certes, ces entreprises privées suivent une logique du profit. Mais cela doit être ainsi car c'est cela
qui assure leur dynamisme. Les chefs d'entreprises ne sont efficaces que quand ils peuvent s'enrichir. Sinon ils deviennent des bureaucrates. Sans cette logique, les pays sombrent dans une
bureaucratie inefficace. Cette foire d'empoigne, de conquête des marchés, avec sa "flexibilité", est un phénomène vivifiant. Là se trouve l'avenir.
Les Chinois ont fini par adopter
cette politique, après un demi siècle de maoïsme et des "bonds en avant" qui se sont soldés par des famines. Rappelez-vous cette connerie des "métallurgies villageoises". Deng Tsiao Ping est
l'auteur de sa célèbre phrase "peu importe de quelle couleur est le chat qui attrape la souris, pourvu qu'il l'attrape". On retrouve la phrase, d'Adolphe Thiers, je crois, au XIX° siècle :
"enrichissez-vous !".
Alors, dans une logique d'accession à
des moyens de production d'énergie, puissants, rapides et efficaces, les Chinois projettent de mettre en chantier des dizaines de réacteurs nucléaires. Je connais la Chine, non pas pour l'avoir
arpentée, mais parce que ma femme est Chinoise. Hier, elle me disait :
- Les Chinois sont incapables de développer une industrie nucléaire sans risque. Parce que, dans ce
pays, la corruption, le système du bakchich est partout, à tous les niveaux. Cela fait partie intégrante de notre essor économique et de notre culture. On vient de le voir avec la construction
des TGV où cette corruption atteignait même le sommet de la pyramide, puisqu'il a été prouvé que le ministre des transport était dans le coup. Quand je retournerai en Chine, j'éviterai de prendre
un TGV, parce que j'aurai la trouille.
Rappelez-vous le film "le syndrome chinois". un film du réalisateur James Bridge, de
1979, avec Jack Lemon et Jane Fonda. Ces images de la bande annonce ,vous rappellerons quelque chose. Fukushima, c'est ça, annoncé 32 ans à
l'avance.
Le danger est si grand, s'agissant du
nucléaire, que pour chaque élément métallique de la Centrale, on procède à un radiographie des tubes, des poutres, pour déceler le moindre défaut de fonderie. En comparant les radiographies de
dizaines de tubes couplés aux pompes, Godel découvre que le fournisseur n'a, pour réaliser de substantielles économies, fait qu'une seule radiographie, dupliquée pour l'ensemble du lot.
Ci-dessus, le dialogue entre l'ingénieur et l'industriel :
- Jack, on a toujours fait comme ça, et ça a toujours tenu. Vous n'allez pas foutre la merde,
hein!?
Je peux vous dire une chose, et ma
femme est cent pour cent d'accord : dans les centrales chinoises, ça se passera comme ça. Sur les trente qu'il est prévu de construire il y aura toujours une où un con truquera les contrôles de
sécurité pour se mettre l'argent dans la poche. De même que, quand il y a un séisme, des écoles s'écroulent sur des gosses, parce qu'un promoteur les a construite avec des matériaux au
rabais.
Les Chinois développent les
techniques de l'agro-alimentaire ? Périodiquement des scandales éclatent, parce que dans le lait des nourrissons un fabricant avait remplacé tel composant par je ne sais quoi, du
plâtre...
Dans les mines de charbon, les
exploitants privés font travailler leurs mineurs dans des conditions d'insécurité défiant l'imagination, pour ... produire et s'enrichir. "Globalement, la santé du pays s'améliore. Les gens
vivent mieux". Ce sont ces nouveaux milliardaires qui, au salon annuel de l'automobile de Pékin, achètent cash les voitures les plus luxueuses. De temps en temps, quand un accident se produit,
certains préfèrent faire sauter les galeries pour enfermer les mineurs, afin de ne pas avoir à payer la prime, en cas d'accident.
Enrichissez-vous....
Quelques gosses qui meurent écrasés,
ou empoisonnés, ça se gère. Que des mineurs meurent asphyxiés, ça s'oublie, ça s'ignore si c'est bien fait. Au mieux, quelques têtes tombent ... jusqu'à la prochaine fois. Un "détail", dirait Le
Pen, dans un pays qui a plus d'un milliard d'habitants. Statistiquement, on pourrait dire que c'est normal. Comme il est statistiquement normal, dans n'importe quel pays, que des malades mentaux commettent des viols, des meurtres en série, x fois par an, et qu'on puisse avec cela alimenter
les rubriques des faits divers dans nos "médias".
Mais pour le nucléaire, mes amis, ça
sera une autre paire de manches. Il ne suffira plus de pleurer devant des caméras de télévision, comme le Pdg de TEPCO, puis de présenter ses excuses, avec un courbette à 90°, à la japonaise,
suivie d'une démission. Que se passera-t-il quand une centrale nucléaire "à la chinoise", c'est à dire automatiquement la plus grande du monde, partira en live, comme cela aurait pu être le cas
en France au Blayais, en Gironde, au moment de la tempête de 1999, si l'ouragan avait sévi pendant les grandes marées, quand l'eau était plus haute, et que les quatre pompes de secours auraient
pu s'arrêter, noyées.
Un dirigeant chinois pourrait
rétorquer :
- Oui, mais comment faire ? Nous avons un besoin vital d'électricité, pour nous développer, sortir
notre peuple d'un sous-développement misérable ?
Ma réponse serait :
- Vous avez d'immenses déserts, dans le nord. Installez-y des centrales solaires thermiques, inspirées
de la réalisation espagnole Andasol (qui est parfaitement opérationnelle, avec son système d'accumulation de
chaleur dans des sels fondus). Ce ne sont pas des centaines d'hectares que vous devriez alors équiper, mais des dizaines ou centaines de milliers, "à la chinoise". Développez une énergie éolienne
intelligente, avec des systèmes qui ont des durées de vie largement supérieures à 20 ans. C'est faisable. Votre désert de Gobi est une manne au point de vue des vents, vous le savez. Explorez vos
ressources en géothermie. Vous savez qu'on peut transmettre de courant électrique sur des milliers de kilomètres, en courant continu, avec une perte de 3% par mille kilomètres. Vous le savez
mieux que personne, puisque c'est comme ça que vous transmettrez le courant du barrage des Trois Gorges à vos villes côtières. C'est la société Siemens qui achève de réaliser cela pour vous, avec
des puissances transmises de 5400 megawatts, "pour commencer".
- Mais ... cela coûtera une fortune !
Il y a quelques années j'avais été
invité à Dubaï, à cause de compétences que je possédais en matière de ... sous-marins. Ces gens nagent dans l'argent, tout le monde le sait. J'y suis allé, non pour contribuer à la conception de
sous-marins privés, pour émirs, ce dont je me fous éperdument, mais pour essayer de dire à ces descendants de gardiens de chèvres :
- Voulez-vous entrer dans l'histoire, devenir, grâce à votre argent, le premier pays au monde qui
peut se passer du pétrole ? Vous vivez adossés à un désert immense, qui est une mine d'énergie solaire. Vous pourriez dessaler de l'eau de mer, cultiver des tomates en plein
désert.
Ils ont ouvert des yeux ronds et ont
poursuivi, en faisant construire cela par leurs esclaves, Pakistanais ou Chinois, leur tour absurde de 880 mètres, le plus grand zizi du monde.
Hic jacet lepus : " C'est là que gît
le lièvre ". Oui, il faut dépenser, un max, par dizaines de milliards de dollars, d'euros, de roubles, de Yens, de Huan, etc, partout. Lancer à l'échelle mondiale des travaux immenses, à basse
technicité, dont tous les pays, dont pourraient profiter même ceux qui restent technologiquement sous-développés. Une politique qui effacerait les problèmes d'emplois, gommerait les dépendance
vis à vis de savoir-faire scientifiques et techniques. Mais une politique qui rendrait les profits à court terme problématiques et qui ne pourrait donc être impulsées que par des pouvoirs
étatiques, à travers une constellations d'entreprises nationalisées.
Le coût ? L'équivalent, à l'échelle
planétaire, d'une III° guerre mondiale.
Mais il faut choisir. En ce moment, les hommes jouent leur avenir, et celui de leurs
enfants.
L'avertissement de Tchernobyl n'a pas
suffi. Voici celui de Fukushima. Cela suffira-t-il ? Ca n'est pas impossible. Les Américains ont poursuivi leurs essais nucléaires atmosphériques jusqu'à ce qu'ils retrouvent du césium 137 dans
leurs salades. Alors ils sont passés aux essais souterrains. Là, ils commencent à en trouver en Californie, "made in Japon". Et vue l'incompétence de TEPCO et sa radinerie, il y a peu de chance
que ça s'arrête.
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