Il y a longtemps, très longtemps, à mon échelle de temps une éternité, j'étais seulement un enfant. Il y avait en moi un enfant et un immense espace presque vide. Un espace qui s'est rempli de raisonnable. à cette époque, vers le début de la création, le raisonnable m'était totalement inconnu. J'étais entièrement, fondamentalement, déraisonnablement instinctif. pourtant je n'étais pas irraisonnable. Et plus la vague du temps me portait sur son écume, plus le monde qui m’entourait emplissait une partie de mon univers de sa raison, de son humaine perception et de sa manière d'interagir avec lui.
Mon univers semble infini
Mais comme un astronome derrière son télescope
Ma vision est réduite
Et mon esprit sous un carcan se meut.
Le raisonnable réduit le champs de conscience à ce qu'il trouve conforme à sa tolérance. Le reste doit être refoulé totalement. Ou devrait l'être, car l'enfant a en lui de puissantes ressources. Chaque être enferme plus ou moins sa nature, son essence, et les plus puissants leviers de son existence sont enfouis au delà de sa perception directe. dans les oubliettes du non dit, du non vécu, du déraisonnable...
Il y a longtemps, pendant une parcelle d'éternité, ma conscience était à l'affût de tout, sans jugement, dans une quête superbe de l'amour, du plaisir que peut apporter l'existence. Petit à petit, cet espace, prêt à recevoir la connaissance, s’emplit de raisonnable, de valeurs, de principes. J'ai dans mes souvenirs, l'instant où la voix du raisonnable devint forte, impérieuse, douloureuse, au point que j'étais prêt à oublier qui j'étais, à vivre docilement sous le joug de ce despote pour ne plus avoir à souffrir.
Je construirai une machine
Un Titan de métal, de tonnerre et de feu.
Et au fond de son cœur
Je scellerai mon être
Se retourner en soi dans une quête difficile, passant de la lumière à l'obscurité, et lutter sans cesse, renversant les tabous posés comme des panneaux désignant les frontières de contrées effrayantes, interdites, inhumaines. Avancer à tâtons contre les ordres de la voix menaçante, du terrible Maître. Et paradoxalement raisonner, réfléchir et sentir. Reconnaître chaque chemin pour l'assimiler, le comprendre et l'intégrer au monde, pour renaître...
Le monde est une merveille, le simple fait d'exister est une chose fabuleuse.